Née en 1946 à Casablanca, Anny Dayan Rosenman grandit dans une maison où l'on parle
français – à l'école comme à la table familiale –, sauf avec la grand-mère, dont la langue
est l'arabe. Cette enfance juive en Méditerranée musulmane laissera une empreinte durable : celle
d'un monde pluriel, fait de seuils et de passages entre les cultures.
En 1967, la famille s'installe à Paris, où Anny Dayan Rosenman entreprend des études de lettres
et de cinéma. Étudiante, elle prend une part active au mouvement de Mai 68.
Entre 1969 et 1974, elle vit en Israël, séjournant un temps dans un couvent carmélite. Elle y
participe à la création d'un comité de soutien aux Panthères noires israéliennes — ces jeunes Juifs séfarades
et orientaux qui s'organisent contre les discriminations dont ils sont l'objet dans la société israélienne. C'est là, en décembre 1973,
qu'elle rencontre Izio Rosenman, alors de passage en Israël ; ils se marient le 30 juillet 1974.
À Paris, elle passe l'agrégation et enseigne plusieurs années au lycée Buffon. Elle achève sa
thèse de littérature en 1994-1995 et est recrutée l'année suivante comme maître de conférences à l'UFR
Lettres, Arts et Cinéma (LAC) — alors nommée Sciences des Textes et Documents — de l'Université
Paris 7 – Denis Diderot, où elle a enseigné la littérature et le cinéma du XXe siècle.
Elle est aujourd'hui à la retraite.
Son enseignement et sa recherche portent sur les modalités littéraires de l'écriture de l'Histoire :
le témoignage, et le rôle des mémoires traumatiques dans la construction des identités collectives. Elle
consacre trois livres et de très nombreux articles aux rapports complexes entre l'écriture et la Shoah,
comme entre l'écriture et l'exil – lisant Primo Levi, Romain Gary, Georges Perec, Patrick Modiano,
Elie Wiesel, Piotr Rawicz ou Albert Memmi.
De 1998 à 2002, elle conduit avec les historiens Lucette Valensi et Michel Abitbol, à l'École des hautes études en sciences
sociales, un séminaire intitulé « Juifs du Maghreb et de Méditerranée ». Avec Izio Rosenman,
elle fonde les rencontres Livres des mondes juifs et diasporas en dialogue, qui réunissent chaque année
écrivains et penseurs autour des cultures juives et de leurs diasporas. Militante du dialogue
judéo-arabe et israélo-palestinien, elle prolonge dans la cité une attention née dans les livres :
celle que l'on doit aux voix fragiles de l'Histoire.
Elle achève aujourd'hui un roman nourri de sa propre histoire : une enfance juive à
Casablanca, le poids grandissant de l'Histoire au lendemain de la création de l'État d'Israël
et des guerres du Proche-Orient, et l'épreuve d'une appartenance devenue, peu à peu, exil.